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ADAPTATION ET ENRACINEMENT

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Puisqu’ils vivent en France, les immigrants doivent s’adapter, s’habituer, s’acclimater. En d’autres termes, observer, apprendre, comprendre, et au moins partiellement adopter la langue les mœurs et les codes des Français. Cette acclimatation se fait surtout par deux moyens : le travail pour les parents, et l’école pour les enfants.
Certains immigrants pensent repartir au bout de quelques années. Mais beaucoup savent que leur installation sera durable et mettent tout en œuvre pour s’adapter le plus vite et le mieux possible. Leurs enfants qui naissent et/ou sont élevés en France, sont donc souvent français, et deviennent le facteur de l’enracinement. On peut dire que les racines des immigrants dans leur pays d’accueil, ce sont leurs enfants.

 

Armoiries de Paris

 

Gabriel : je venais d’Allemagne qui est un pays super propre et j’ai atterri à Bagnolet. On est montés dans les ascenseurs, tous les papiers...C’était à côté du marché aux puces, oh là là. Donc ça m’a vraiment surpris A ce moment là j’ai décidé si j’arrive à rester en France, je vais acheter une maison, je reste pas comme ça. Tout de suite j’ai pris la décision tout de suite, je collectionnais tout et tout et tout. Même les bouches des canalisations ici devant je les ai trouvées chez un client qui voulait les jeter, j’ai dit non je récupère, j’habitais l’appartement, j’avais chez moi, pourquoi, pour quand j’aurais ma maison. Et ma sœur m’a dit mais tu es fou, tu rêves ! Tu vas voir j’aurai ma maison. Et finalement on a réussi, on a mis du temps, on a mis toute notre énergie dedans.... Les murs extérieurs c’est fait, mais  tout ce que vous voyez à l’intérieur, les murs, les plafonds,  c’est ma femme et moi qu’on l’a fait. Je vous fais voir des photos.
Nous on a appris à l’école le français. Donc on parlait, c’était pas du Molière, mais assez bien. Ma femme, quand elle est arrivée en France, elle parlait, mais je l’ai inscrite tout de suite à l’auto-école, j’ai vu ici il faut avoir le permis pour se déplacer, donc je l’ai inscrite tout de suite, avant qu’elle ait le temps de voir la circulation, avant qu’elle prenne peur.
 Elle s’est mise à lire  le code et à un certain moment elle dit : mais qu’est-ce que c’est :allumer les feux ?Elle croyait qu’on allume le feu au coin du bois, j’ai dit ça veut dire que tu allumes les feux de position. Elle a passé le permis.
 Maintenant elle a passé le concours.. la reconnaissance de son diplôme, pour être comptable, elle a bien réussi, elle a été embauchée comme aide-comptable, maintenant elle a glissé vers le commercial, c’est une toute petite entreprise, donc elle fait un peu tout, elle est à l’accueil c’est elle qui décroche le téléphone, elle parle avec le client, donc
maintenant  le français elle le parle mieux que moi.

 

Et les femmes, leur intégration n’est-elle pas plus difficile que celle des hommes et des enfants ? On ne peut généraliser. Certaines viennent seules, travaillent, sont chef de famille. D’autres suivent leur mari, et travaillent aussi, en commençant le plus souvent comme femme de ménage ou garde d’enfants. Les femmes qui ne travaillent pas sont souvent isolées, dépendantes, leur intégration à la société française beaucoup plus lente et difficile, même si des services sociaux essaient de les aider

Alice : Maintenant je me sens mieux en France qu’en Italie. Parce qu’en France je peux dire que j’ai des gens qui m’ont aimée, qui m’ont aimée vraiment, parce que si les Français vous aiment c’est sincère.
Moi comme étrangère je suis allée faire le ménage trente-trois ans chez Valès. Je faisais tout, j’étais la bonne à tout faire, il fallait faire la lessive, il fallait faire le ménage, il fallait faire à manger. Ils étaient gentils, et ils avaient pas à se plaindre de moi…Le petit, Jean-Paul, je l’ai élevé moi. Il a commencé à m’appeler Tata, tout le monde m’appelle Tata, « on va chez Tata ».  Et lui il se plaisait bien ici, on avait monté un lit, il dormait entre les deux garçons, il était heureux ! Et on allait en Italie, on l’a toujours emmené en Italie avec nous.
Même Marie-Françoise, elle a fait des études, maintenant elle est avec un chirurgien, elle me l’a fait connaître, un jour elle me téléphone : « Tata ce soir je vais au boulanger, je vais prendre un beau gâteau, et puis on vient chez toi fêter les trois ans de Valentin ». Et quand il est mort mon mari, elle était là, elle m’a fait passer tous les examens, parce que j’ai eu mon mari deux ans malade, j’étais tombée bassa-bassa. Mais je priais toujours le Bon Dieu qu’il me donne la force d’arriver à le soigner jusqu’au dernier moment. Et j’y suis arrivée.
Mais il me manque de plus en plus. Quand vous perdez votre mari à quatre-vingts ans, vous n’avez plus le ressort de combattre la vie. La journée ça va parce que je vois toujours quelqu’un. Mais le soir quand je ferme les fenêtres, c’est un nœud. Je ne le supporte pas.

A la boulangerie : J’ai pas eu vraiment de problèmes pour apprendre. D’abord à la briqueterie c’était plus des Italiens que des Français. On a commencé là à se débrouiller parce qu’il fallait bien aller faire les courses. Alors j’écoutais, je me disais : « il faut que je me rappelle de ça », ça m’a été facile. Je le parle pas encore bien, parce que pour l’apprendre bien il faut aller à l’école. Et avec mes enfants ici on a toujours parlé notre dialecte italien, pas l’italien le vrai, le patois.
Je suis arrivée à me débrouiller. Puis ma patronne elle disait : « non, Alice, tu dis ça ». Alors j’essayais. C’est pour ça que je dis :  « moi les Français je les remercie, parce qu’ils m’ont jamais dit « macaroni », je l’ai jamais entendu dire, et moi maintenant j’ai plus d’amis en France qu’en Italie »
Je sais pas, il m’avait tellement bien expliqué mon mari…je serais arrivée en France, j’aurais eu une maison, je n’aurais eu personne autour de moi, que des Français, il faut s’adapter à la vie des Français, mais il y avait plus d’Italiens que de Français, on se réunissait le soir, on partait au marché ensemble, et ça m’a pas été dur le changement, sauf que j’avais laissé mon père tout seul, et ça c’était un souci. Mais je peux dire qu’en France je me suis adaptée facilement parce que la vie elle était moins dure ici qu’en Italie. C’est pour ça que j’aime la France et puis c’est tout.

 

 

Marguerite : je suis arrivée toute seule avec une valise même pas pleine, je voulais effacer les vieux souvenirs, c’était le Pérou, le paradis.
J’avais ma sœur puéricultrice ici. Elle m’a hébergée dans le 14ème, elle avait pas le droit. J’avais pris un certificat de travail à Pointe-à-Pitre. Je suis arrivée le 23 septembre 1972, j’ai été embauchée le 29 septembre au supermarché d’en face, la chef de rayon était antillaise, j’ai travaillé là neuf mois
J’ai trouvé du travail en huit jours, et un logement. Je demandais aux dames qui passaient à la caisse : vous ne connaîtriez pas un logement ? un jour une m’a dit oui, j’ai un studio
A cette époque-là on faisait des crédits, j’ai demandé un crédit pour le voyage des enfants ...
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Khadija : J’avais jamais eu de contacts avec les Français, mais petit à petit, évidemment quand je suis tombée enceinte de la petite ma fille  aînée, j’ai été obligée de voir le médecin, j’ai été à cette époque à l’hôpital Lariboisière, j’ai vu des médecins, des sage-femmes et là j’ai commencé à sortir un peu. Petit à petit j’ai commencé à connaître des gens.
J’étais la seule Arabe dans l’immeuble où j’étais , et voilà...et je passe ma journée soit à me promener le soir je restais à la maison, j’avais des amis qui viennent chez moi.
Au début je voyais des Arabes plus que des Français, puisque je connais personne. Et depuis petit à petit.. quand ma fille grandit, elle avait deux ans quand je suis tombée enceinte de ma deuxième. Et après quand elle est née la deuxième, ma fille elle est allée à la maternelle et là j’ai commencé à connaître les gens de plus en plus. A cette époque aussi en 82 je crois, j’ai trouvé un stage de couture, j’ai fait un peu de couture j’ai commencé à connaître des gens plus importants que d’autres, et la vie continue, quoi...

Après petit à petit les enfants grandissent, j’ai eu ma troisième et j’ai connu là un centre 28 rue de Tanger il existe jusque aujourd’hui, je me suis inscrite pour apprendre des choses, là j’ai commencé à connaître des gens plus importants. J’ai appris la couture là-bas, j’ai appris à bien parler le français, je peux laisser mes enfants deux heures trois heures pour que moi je puisse rester un peu toute seule, ou m’occuper ou sortir avec des gens du centre, des sorties, on fait plein de choses. On a été au cinéma, on a été au zoo, des fois avec les enfants, des fois sans les enfants. C’est un centre qui appartient à la CAF
Avant ça m’a rien plu au début que je suis venue, je me suis dit tiens je suis toute seule y a personne ,j’ai suivi le mari parce qu’il faut que je le suive pour que je reste pas toute seule là-bas , et petit à petit les gens sont sympas, qu’est-ce que...tu trouves tout, tout ce que tu veux, tout ce que tu souhaites tu le trouves ici...
Au début je croyais qu’on va rester quelques années, construire notre vie et après repartir. D’ailleurs ma fille elle avait six ans, la grande,  la première année où elle est partie en vacances, je lui ai préparé sa valise pour qu’elle reste en Tunisie. Et après quand je suis rentrée avec elle et mes deux filles j’ai tout trouvé changé en Tunisie, la famille change, tout le monde vit sa vie, et j’ai dit absolument pas je laisserai pas ma fille là-bas .

Mariya : Depuis deux ans je travaille à la Mairie de Paris, je suis engagée comme animatrice vacataire, c’est–à–dire que je dois assister deux heures par jour à l’école, je m’occupe des enfants qui vont à la cantine, après la cantine ils vont dans la cour. C’est un travail qui demande assez d’énergie, beaucoup de responsabilités, mais en même temps je trouve que c’est amusant, déjà je suis institutrice de langue anglaise au départ. J’aime beaucoup les enfants, travailler avec eux, je les trouve très amusants, ils sont rigolos, on s’amuse bien.
Et en même temps, ça me fait vraiment plaisir en étant une étrangère d’être acceptée, d’être respectée, d’avoir de bonnes relations avec les gens avec qui je travaille, d’avoir un bon contact avec le directeur.
Moi je suis remplaçante, on tourne un peu dans des écoles différentes, j’ai de très bonnes relations avec le directeur, et ça me fait vraiment plaisir. C’est important aussi pour moi.
Je fais ce travail qui me permet d’avoir mon indépendance.

Lorsque l'intégration réussit, l'immigrant en tire un sentiment de fierté.

José : Aujourd’hui, en presque dix ans que je suis venu en France, je ne regrette pas du tout d’être venu en France, je me suis très très bien adapté. C’est vrai qu’au départ ça n’a pas toujours été rose, mais je suis très très très content d’être venu en France, je trouve que c’est un pays très accueillant et très ouvert aux gens.
La seule chose qui est un peu gênante parfois c’est le regard des gens vis-à-vis que vous êtes étranger ou alors quand vous parlez parce que vous avez un accent.
Mais à part ça je trouve que c’est quand même un super pays. Heureusement qu’on trouve pas  des gens méchants de partout.
Je me suis très bien adapté, je compte pas retourner définitivement au Portugal malgré que j’aime bien mon pays, et j’aimerais bien un jour pouvoir être patron ici et travailler à mon compte. Je me suis très bien adapté, et la preuve, je sors avec quelqu’un qui est d’origine française. Je suis tout-à-fait content d’habiter ici et je compte y rester. Je suis inscrit sur les listes électorales, je suis très fier et j’espère que je vais voter aux prochaines élections. J’ai été (pour m’inscrire) une première fois, on m’a refusé, je me suis senti vraiment humilié devant tout le monde, parce qu’on m’a dit que je pouvais pas voter parce que j’étais étranger. Et là vraiment vous vous sentez tout petit, trop bas. Et c’était faux. Et grâce à l’aide de certaines personnes, on s’est battus et aujourd’hui je peux voter, et je suis très fier de pouvoir voter pour les élections municipales et européennes, et je compte bientôt pouvoir voter pour les élections principales parce que je compte demander la double  nationalité et devenir à mon tour français avec une double nationalité.

Les liens avec la France, l'attachement pour la France passent aussi par les enfants : combien d'immigrants, qui croyaient repartir au bout de quelques années, comprennent, en élevant leurs enfants en France, qu'ils ne repartiront pas? d'abord parce que les possibilités pour les enfants, et avant tout la possibilité de faire des études, sont toujours plus grandes que dans leur pays d'origine, ensuite parce que leurs enfants sont français, de nationalité et de coeur

Sekou : au début j’ai jamais pensé rester en France. Moi mon but c’était de retourner m’installer au Mali. J’ai dit OK, j’ai fait venir ma femme, on a eu des enfants, et je me suis dit c’est mieux, peut-être pas pour moi,  pour les enfants, pour l’éducation c’est mieux. Retourner ce serait trop égoïste. J’ai fondé une famille, je prends mes responsabilités, je laisse mon désir de retourner de côté, je continue à la Rhumerie. Jamais j’ai eu l’intention de rester, mais les enfants, là-bas ils vont arriver, mais pas comme ici. Ici il y a tous les moyens quand on veut étudier convenablement. Je ferai tout pour qu’ils arrivent. C’est à eux de voir.

Des fois, depuis que j’ai eu les enfants, je pars pas. Pour eux, pour leur bien-être. Parce que j’ai quand même quatre enfants, ma femme elle travaille pas. Je reste, eux ils partent, il faut qu’ils partent, je les envoie au Mali tous les deux ans avec leur mère. Quand ils ont été en Afrique, ils ont appris quelque chose, pour moi c’est très important.

photoJulie : Nous les Asiatiques, nous n’avons pas de problème d’adaptation ni d’intégration. J’ai eu un peu plus de chance que les autres peut-être, parce que je parlais français avant de venir, parce que j’ai un bon mari, mais les autres sont tous aussi forts que moi, sinon plus. Les premiers temps en France furent difficiles, mais rapidement nous avons réussi à nous intégrer dans la société française. Nous sommes des gens très travailleurs et courageux. Nous avons recommencé notre vie à zéro en arrivant. En gros, nous avons tous réussi notre implantation en France. Nous faisons toujours courageusement face aux changements radicaux. Nos parents nous ont donné de bons exemples et nous les donnons maintenant notre tour à nos enfants.
Presque tous les enfants des Asiatiques ici, je ne sais pas si vous avez remarqué, ont fait de grandes études. Certains parents ne parlaient pas un mot de français, mais leurs enfants sont tous sortis de Centrale, de grandes écoles commerciales ou d’autres écoles d’ingénieurs. Comment est-ce possible? Parce que les parents ont fait preuve de courage, ont donné de bons exemples aux enfants, ont su montrer aux enfants le droit chemin.
Je vous donne quelques exemples des enfants qui sont arrivés à seize, dix-sept, dix-huit ans. En très peu de temps, ils ont réussi à dépasser le cap de l’apprentissage de la langue et à rattraper les niveaux de leurs classes. J’ai une amie avocate, elle est arrivée à l’âge de dix-huit ans, ne connaissant pas un mot de français. Ses parents travaillaient dans un restaurant et ne pouvaient lui donner un coup de main en aucun cas dans ses études. Elle s’est débrouillée toute seule. Elle a réussi à passer son bac après seulement deux ans d’étude. Je viens de rencontrer un ami, son fils est arrivé à dix-sept ans et demi, ne parlant pas un mot de français, lui non plus. Il est maintenant en deuxième année à l’Ecole Centrale de Lille, à l’âge de 22 ans, comme tous les enfants qui ont suivi un cursus normal. J’ai un autre couple ami, une famille dont je m’occupais beaucoup. Ils sont de simples manutentionnaires. Leur fille aînée, au lycée maintenant, a deux ans d’avance et est toujours première de la classe. Elle a du s’occuper très tôt de ses petites sœurs, car les parents travaillaient beaucoup. Au mois d’août dernier, les parents ont dépensé toutes leurs économies pour emmener leurs trois filles au Cambodge, pour leur faire rencontrer leur grand-père qui est resté au Cambodge. C’était très beau !

Germano : je suis né le 12 septembre 1939 et je suis venu en France en 1957. J’ai perdu mon père là-bas quand j’avais dix-sept ans et demi, ma mère je l’ai perdue quand j’avais que onze ans. J’avais une tante qui était là, elle m’a dit : « viens », et puis je suis là et je suis bien.
Quand je suis arrivé, j’ai travaillé tout de suite à la briqueterie, pendant trois ans, et puis après dans le bâtiment. A la briqueterie on était tous du même coin. J’étais à 80 kilomètres de Parme, dans la montagne. Ma sœur est restée là-bas, mon frère était en France. Je me suis marié en France, avec une Italienne. J’ai une petite maison là-bas, j’y vais tous les ans. Maintenant j’habite Savigny, mais je suis toujours de Morangis.
Ca fera 50 ans au mois de mai. Je suis toujours Italien mais je suis bien ici. Au foot je suis pour l’Italie, mes enfants pareil, je crois pas qu’on puisse oublier son pays natal, il y a une nostalgie…

 

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